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Pourquoi il faut un choc de flexibilité pour les entrepreneurs Accès libre


| 1011 mots

Une mauvaise évaluation n’a jamais corrigé une mauvaise performance : l’affirmation selon laquelle “l’Etat, seul coupable qui tue l’initiative et s’acharne fiscalement sur les entrepreneurs, principaux créateurs de croissance et d’emploi” mérite critique. L’État n’est pas la cause de tous les maux qui frappent les entrepreneurs français, qui bénéficient tout de même d’un environnement assez protecteur et d’aides publiques somme toute généreuses.
Je rencontre chaque semaine des entrepreneurs, des vrais, qui développent leurs idées, et qui gardent une mentalité constructive : les charges, la complexité administrative sont des paramètres d’environnement et non des freins rédhibitoires. N’en déplaise à mon estimé camarade Diogène, n’y aurait-il pas un peu de facilité dans ce “bashing” répété d’un État incapable de réformes ? Le vrai coupable n’est peut-être pas là.

Le soliloque de l'entrepreneur

Prenons un exemple. J’entendais soliloquer un entrepreneur récemment (notre “coloc”, dans la pièce d’à côté). “J’ai une boite de 15 personnes, je fais un gros million de CA, je suis rentable sur mon marché A qui représente 80% de mes revenus”, constatait-il. Et de poursuivre “j’ai identifié le marché B, j’ai prototypé - avec l’aide de l’État qui m’a versé 50.000 de crédit d’impôt recherche - et fait mes études de marché, maintenant, faut y aller : pour démarrer il me faut 2 gars pour produire et 1 commerciale pour vendre, faut que j’embauche”.
Après une ou deux minutes de silence, il reprit son monologue : “Bon, normalement, 3 salaires chargés, c’est pas le problème, mes vrais problèmes c’est : a) d’abord j’ai pas la place de les installer, et b) si ce marché B ne décolle pas tout de suite qu’est ce que j’en fais de mes 3 collaborateurs, je ne vais pas les virer après tous ces efforts de recrutement et de formation, parce que j’y crois, moi, au marché B, et qu’ils n’ont pas démérité” ! Et moi, croyant qu’il lisait dans mes pensées, de l’inviter illico à déjeuner.

Des charges fixes induites par les rigidités

Le vrai problème, il est là pour les entreprises encore petites (effectif de 10 à 50) qui ont du potentiel : c’est la flexibilité. Lever des fonds n’aurait pas résolu les problèmes de mon coloc : il aurait de l’argent pour... payer à 100% les 3 salariés alors que le marché B n’est pas parti dans la direction escomptée (inévitablement) et ne nécessite pour l’instant que 1,5 équivalent temps plein ? Pour financer des locaux ? Alors qu’il est déjà rentable et que son souci n’est pas de payer un loyer mais de passer un temps infini à chercher et négocier, et surtout de s’engager pieds et poings liés dans un bail 3-6-9 ?
Mon camarade coloc et moi, nous avons un problème permanent de flexibilité avec le code du travail et avec l’immobilier de bureaux. Pas avec les taxes, pas avec la simplification administrative, pas avec nos investisseurs. Nous, petites PME qui en veulent, nous voulons utiliser notre cash-flow ou l’argent levé pour attaquer le marché B, pas pour financer des charges dont la fixité découle directement des rigidités du marché de l’emploi ou de l’immobilier.

Pas de mesures uniformes

Le sujet étant d’importance (après tout, il lisait dans mes pensées), je l’invitai donc à déjeuner et nous convergeâmes rapidement sur quelques propositions concrètes afin de créer les conditions d’une vraie croissance, dans notre segment “PME de 10 à 50 personnes qui veut devenir ETI”.
1- Une formule de bail flexible avec une garantie de l’État pour le bailleur (comme pour les locataires particuliers),
2- Une réforme du droit du travail (auquel de toute façon plus personne ne comprend rien) : formule de CDI "flexible à temps plein" : CDI temps plein pour attirer les bons candidats, cadres ou non-cadres, assorti d'une période de flexibilité pendant les premiers 6, 12 ou 18 mois : péréquation des horaires ou jours travaillés pendant cette période et si le temps plein n’est pas atteint, un abondement de l’État (sous forme d'Assedic, CICE, ...).
3- Repenser la formation professionnelle : pour former un petit nouveau à vendre ou à produire sur son marché B, mon coloc ne va pas trouver un stage sur catalogue auprès d’un organisme qui ne comprend rien au besoin, mais il va y investir personnellement du temps - en impliquant fortement l’intéressé et l’équipe en place. Et, en dépit des cotisations formation qu’il paie tous les ans, il ne percevra aucun retour sur cet effort, qui est pourtant la meilleure formation possible pour garantir un emploi pérenne.

Pouvoir s'adapter immédiatement

On aura compris qu’il ne s’agit pas de remettre en cause la protection des salariés, mais plutôt de lever des freins à une décision lourde qu’est une embauche pour une “PME de 10 à 50 personnes qui veut devenir ETI”. Le principal problème de l’entreprise, qui s’est préparée à prendre des risques calculés, va être de se confronter aux incertitudes opérationnelles, inhérentes au lancement d’un nouveau business, et de pouvoir s'adapter immédiatement. Et ce n’est pas une baisse générale des charges sur les bas salaires, un pacte de compétitivité ou un accord quinquennal État-Patronat qui vont y répondre pour permettre l’émergence des “champions de demain”. Le principal problème n’est pas une baisse uniforme du coût du travail ou des mesures à taille unique ! Alors, cher Gouvernement, faites-nous un choc de flexibilité...

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